Accueillir
l’art de laisser de l’espace
Accueillir ses émotions. Leur laisser de l’espace. Ne pas les bousculer, ne pas chercher à les contrôler, ni à les faire taire trop vite. On lit souvent qu’il faudrait apprendre à faire cela pour mieux se comprendre et avancer plus sereinement. Je lis ces mots depuis longtemps. Intellectuellement, ils font sens. Pourtant, pendant des années, je n’ai pas su les incarner.
Pour moi, l’accueil est le point de départ. Ce moment précis où l’on reconnaît qu’une émotion est là, sans encore savoir la nommer, sans chercher à la corriger. Et pourtant, pendant près de trente ans, j’ai surtout appris à cacher mes émotions, à ne pas les montrer, et à les enfouir dans l’espoir qu’elles finiraient par disparaître.
Quand les émotions n’ont pas encore de nom
Très tôt, j’ai senti que mes émotions n’étaient pas évidentes à reconnaître dès leur première apparition. Parfois, je me trompais de nom. Parfois, je leur attribuais une étiquette que je voulais qu’elles portent, sans jamais savoir si c’était réellement leur identité.
Je fais partie de ces personnes qui ne réagissent pas à chaud. Non pas par calcul ou par indifférence, mais parce que, sur le moment, je ne reconnaissais tout simplement pas ce qui se passait en moi. J’ai besoin de temps.
Cela a souvent été compliqué dans mes relations de couple. Quand l’un ne réagit pas immédiatement, il est facile pour l’autre d’occuper tout l’espace, parfois même d’en profiter. Avec le recul, je comprends mieux ce décalage.

Mettre de la clarté grâce à la roue des émotions
Je me souviens d’un coaching avec Vital Blooming durant lequel j’ai découvert la roue des émotions et ses sous-catégories. Ce fut une vraie révélation. Mettre des mots plus précis sur ce que l’on ressent, comprendre les nuances entre une émotion et une autre, cela a ouvert une porte.
Je n’ai pas appris cette roue par cœur, et ce n’est pas l’objectif. Mais je sais que je peux y revenir lorsque le besoin se fait sentir. Comme un outil de soutien, toujours disponible.
Cette idée que l’on continue d’évoluer, que l’on apprend à mieux se connaître en permanence, est pour moi une joie sans fin. Chaque nouvelle situation nous met face à nous-mêmes. Bien sûr, elle nous met aussi face aux autres, mais c’est avant tout face à soi que l’on évolue — et pour soi, du moins c’est ainsi que je le ressens.
Accueillir plutôt que forcer : une pratique quotidienne
Depuis les travaux dans ma nouvelle maison, je découvre une paix inattendue. Celle qui apparaît lorsqu’une émotion forte m’accapare et que je choisis consciemment de m’arrêter un instant, pour ne pas être aveuglée par elle.
La frustration, la colère, sont devenues pour moi des signaux. Des invitations à faire pause, à reprendre plus tard. Elles m’enseignent aussi mes limites, autant physiques que mentales.
Je sais que j’ai besoin d’objectifs, de délais. C’est ainsi que je fonctionne, que je trouve la motivation. Chaque année, je me fixe des objectifs personnels et professionnels, que je divise en sous-catégories, avec là encore des échéances. Cela me donne une direction.
Mais j’apprends, depuis quelques mois, que ces objectifs doivent rester flexibles.
Parfois, faire une pause ou changer temporairement de projet permet de continuer à avancer globalement, tout en prenant un pas de recul. Chaque fois que je ne m’écoute pas, que je me force à respecter un délai coûte que coûte, je me retrouve dans un état émotionnel intense qui ne m’est pas bénéfique.
Apprendre de ses expériences (même les plus inconfortables)
Un exemple très concret : l’installation de mon chauffe-eau.
J’avais décidé, avec une bonne dose d’entêtement, de l’installer seule et de le faire avant une date précise que je m’étais fixée. Comme si ce délai était non négociable, comme s’il définissait ma valeur ou ma capacité à mener ce projet à bien.
Résultat : le chauffe-eau m’est tombé plusieurs fois dessus. J’ai été à deux doigts de le jeter par la fenêtre. Il a fui de partout, s’est rempli, puis j’ai dû le vider entièrement. Le socle universel n’était pas à la bonne taille. J’ai inondé ma salle de bain. Et comme si cela ne suffisait pas, il est encore tombé une dernière fois sur mon poignet.
À ce moment-là, ma force m’a quittée. Physiquement, je n’étais plus en capacité de terminer les derniers branchements pour amener l’eau jusqu’à la douche. Émotionnellement, la colère et la frustration ont pris toute la place.
Je suis sortie. J’ai fait le tour du quartier, les larmes aux yeux, incapable de reprendre le contrôle. J’avais laissé les émotions déborder, sans leur offrir cet espace d’accueil dont je parle tant. Elles ne demandaient pourtant qu’une chose : que je m’arrête.
J’ai fini par demander de l’aide à un voisin. Mais au-delà de l’aspect très concret du problème, j’ai surtout compris que je n’aurais jamais dû me laisser atteindre cet état émotionnel et physique. Non pas parce que l’émotion était “de trop”, mais parce que je ne l’avais pas écoutée à temps.
J’ai appris de cette situation.
Quand la peur prend la forme de l’immobilisme
J’apprends aussi à reconnaître la peur. Chez moi, elle se manifeste souvent par l’immobilisme.
Quand je n’avance plus, ce n’est pas un manque de volonté. C’est un signal. Le signe que j’ai besoin de réfléchir, de prendre du recul, et surtout d’accepter une décision que je sais devoir prendre, mais que je refuse encore d’admettre.
M’arrêter me permet de mieux appréhender ce qui va suivre, de me nourrir d’informations, afin que la peur se transforme peu à peu en curiosité, puis en envie de découvrir l’opportunité cachée derrière.
Je suis actuellement à la fin de l’un de ces cycles. Je dois détruire un bout de mur dans ma future salle de yoga. Je sais depuis longtemps que c’est nécessaire. Je n’étais simplement pas prête à l’accepter.
Alors j’ai avancé ailleurs, en gardant cette évidence dans mon champ de vision. La semaine prochaine, je vais commencer. Ça fait peur, bien sûr. Mais c’est pour repartir sur des bases saines et créer quelque chose de profondément juste et enthousiasmant.
Laisser les projets mûrir
J’ai conscience d’avoir aujourd’hui un certain luxe : du temps. Et aussi une multitude de projets liés à la maison, ce qui peut donner l’impression de s’éparpiller.
Mais au fond, ne sommes-nous pas nombreux à vivre cela ? Mille projets en cours, mille idées en mouvement.
Est-il si inconcevable de retirer momentanément le focus d’un projet qui nous remue trop, pour le poser sur un autre ? De laisser le premier mûrir en arrière-plan, comme un bruit de fond discret mais vivant ?
Je n’ai pas de réponse définitive. Seulement une conviction qui se dessine peu à peu : accueillir ce qui est là, au lieu de forcer, change profondément notre manière d’avancer.
Et vous, qu’en pensez-vous ?
